Décollage à 8h45 ce matin. On me ramasse à 7h30, dans 15 minutes nous sommes à la compagnie. Les mécanos se mettent au travail, je vérifie mes plans de vol et mon log de nav. J'ai 4 étapes aujourd'hui, je finis la journée à 16h30 en principe.

L'avion est prêt. On le sort du hangar. Deux de mes passagers sont déjà au terminal. Je démarre l'avion et fais les essais moteurs.

A 8h45, aucun signe des deux autres. 9h, ils sont enfin là. Ils ont un grand chien. Ce sont des vacanciers qui vont à Antanimalandy, au Lodge des Terres Blanches. Quelques minutes après, l'ATR d'Air Mad vient d'atterrir. Les commerciales se chargent de peser les bagages et leur poids, procèdent à leur enregistrement, manifeste pax,... Et les données sont transmises à notre agent d'Opérations. Il établit le devis de masse et centrage, et nous sommes prêts à embarquer. A 9h15 on décolle, direction au Nord Ouest de Majunga. On longe le littoral au niveau 35. Au bout de 35 minutes, je m'intègre en vent arrière gauche pour la 11. L'approche se fait par la mer, le vent est dans l'axe. Il n'est pas fort. On se pose, remonte la piste et met l'avion dans l'axe de décollage. Sebastien et Jessica nous attendent à l'entrée de l'hôtel. On débarque les bagages et le chien, et redécolle en moins de 10. J'ai un retard de 30 minutes à rattraper. Arrivé à Majunga, on refuel, je remplis le carnet de route et le CRM et monte dans l'avion. Les pax sont là depuis 9h. On embarque, et décollage pour Soalala, au Sud Ouest, à 30 minutes de vol. Montée FL045. L'hélico est déjà au sol. Il me transmet les infos vent. Je fais une verticale pour intégrer la vent arrière en main gauche pour la 31. Le vent est quelque peu de travers droit. Y a une partie inutilisable après le seuil 31, et des termitières aux bords de piste. On se pose, remonte la piste et se gare face au vent, à côté de l'hélico. Mes 4 pax descendent, y a un géologue Russe, un investisseur Libanais avec sa fille, un vazaha habitant de Soalala et un autre pax Malgache. De là, l'hélico, un Bell 47, les emmènera en brousse à 20 minutes de vol. Il n'y a ni village, ni piste pour avion. La brousse quoi..

Après une brève séance de photos avec les pax, je redémarre mes 2 Lycoming de 360ch, et remonte la piste. Leur ami Malgache rentre avec moi. Pendant ce temps, l'hélico décolle et la piste est dégagée. On monte au niveau 55, retour sur Majunga. Notre retard de ce matin n'est toujours pas rattrapé. Le reste du programme est décalé de 30min pour chaque vol. Je n'ai que 15min pour remplir les papiers, et avaler son sandwich, et aux mécanos de faire le plein de 100LL. Les pax sont déjà là. Ils veulent arriver à destination à 14h maxi. Il est 12h45. On doit donc décoller à 13h.

Je finis mes papiers et mon morceau de pain, mais l'avion n'est pas encore prêt. La commerciale est pressée, elle veut envoyer les pax, mais je refuse. On n'a pas encore fini le plein. La masse/centrage est déjà fait. Dès que la dernière purge d'essence est faite, je lui fais aussitôt un signe du pouce, elle regarde de loin depuis la porte d'embarquement, à la recherche du moindre TOP. Ils sont 5. Ce sont des gens qui travaillent pour Aqualma. Le plus léger d'entre eux pèse 75kg et je le mets devant à côté de moi. On décolle a 13h15. Avec un peu de vent arrière, j'espère avoir un peu d'avance sur le timing. On monte au niveau 85, destination Ankokoambo. C'est le double du trajet de Soalala, à 126 nautiques au Sud Ouest, soit 1h de vol. J'ai une vitesse sol de 150 kts, soit 30 kts de vent arrière. Ca boost. J'entends l'hélico sur 118.10 qui fait des aller-retours entre Soalala et la brousse paumée d'Antanimavo. Il me dit qu'il aura besoin de 80l de fuel lors de mon prochain vol sur Solala tout à l'heure.

1h après, je suis à la verticale du terrain. La manche à air est ballotée, le vent est plein de travers. On voit même de la poussière rouge sur la route secondaire. Je m'intègre en vent arrière gauche pour la 28. Le nez à fond dans le vent. Il est de travers de 25 kts. Juste avant de réduire les gaz, je décrabe, ramène le nez dans l'axe avec le palonnier et le manche cabré à droite. Le pneu droit touche en premier la piste, puis le gauche. Aussitôt que les roues touchent le sol, je rentre les volets, et freine. Une énorme poussière rouge s'élève et emmenée par le vent vers le Sud. On remonte la piste, landing light sur OFF, pompes électriques sur OFF, et me place face au vent sous les signes de l'agent de piste.

 

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Les pax descendent, les bagages débarqués, et un Nissan pick-up s'approche de l'avion pour charger les bagages des pax du retour. Le manifeste n'est pas prêt, on attend encore 2 boss de l'entreprise. 5 min après, ils arrivent dans un autre pick-up. Un des agents chargé de peser leurs poids arrive vers moi pour me montrer le devis de masse, je signe et je donne le top pour embarquer. Mais une de leurs têtes dirigeantes est encore au tél. Et on accumule du retard.. Au bout de 10min d'attente, je refais un autre signe du pouce, cette fois au DG adjoint, qui dit à son collègue qu'il faut partir. On embarque tout le monde. Le plus léger sera mon copi, comme d'hab. Le gars retéléphone à l'intérieur de l'avion. Mais il n'est pas possible !! Je démarre les moteurs un à un, et il a enfin compris. Le vent toujours aussi fort. Je m'aligne à la 28, et fais un soft take-off, càd décollage avec manche cabrée et rotation avec effet de sol. Je le garde en ligne de vol qq secondes jusqu'à 62 kts et assiette de montée affichée, puis je vire direct à droite. On monte au FL075. Le vent est de face en croisère. L'hélico doit décoller au maximum à 16 heures locales pour sa dernière rotation à Antanimavo et revenir sur Soalala et puis rentrer à Majunga avant la nuit aéronautique qui est à 18h14 locales (15h14Z). J'estime Majunga à 16h. Impossible pour lui de rentrer à temps, car il attend du fuel. Alors il décide de passer la nuit à Soalala après sa dernière rotation. Arrivé à Majunga, les mécanos font aussitôt le plein, vérifient le niveau d'huile, et en 15min la machine est prête à revoler. Il y a 80 litres de plus, la réserve IFR en cas de dégagement à Tana. Mon collègue qui vole juste après moi est déjà la. Je n'ai pas de pax à l'aller alors je repars aussitot que c'est fait. Cette fois-ci, je suis plus léger sans les pax et vent arrière aidant, je réussirai à rentrer à temps et à mon collègue de repartir à Besakoa où il fera du night stop (découcher). A 16h47, je me pose à Soalala. Il souffle assez fort. L'hélico, dont le pilote est notre boss, attend avec impatience. Le temps court et il doit arriver à récupérer le géologue Russe de la brousse avant qu'il ne soit rattrapé par le coucher de soleil. Je sors les 4 jerricans d'essence de la soute, et on les verse dans son réservoir. On attend également une charrette qui ramène un autre bidon de fuel, et mes deux autres pax. On finit de vider les jerricans que j'ai emmenés, et la charrette se pointe avec le fuel mais sans les pax.. Les pax ne sont pas là !! Je demande aux deux autres qui sont déjà là, mais ils n'ont aucune idée d'où ils peuvent se trouver. Quelle organisation ! J'appelle notre commerciale qui va essayer de les trouver à distance. Après un long moment de discussion avec leurs interlocuteurs, les commerciales m'appellent une à une, pour me donner des consignes contradictoires: la responsable me dit de rentrer avant la nuit aéro, sinon on aura la taxe de balisage de nuit à payer, et 10 sec. après son assistante m'appelle et me dit d'attendre tout le monde ! Je ne pige plus rien, je commence à avoir un conflit visuo-vestibulaire.. Ensuite, la responsable me rappelle pour me dire que les clients vont payer la taxe de nuit à Majunga. Mais je dois décoller de ce trou avant que le soleil se couche, car cette piste n'est pas balisée. Le vol de mon collègue pour Besakoa est annulé, évidemment.

 

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J'appelle l'hélico depuis la VHF de mon avion. Ila rrive dans 3 minutes. Je sors mes cartes d'approche de Majunga. A 17h50, il arrive et j'appelle immédiatement les pax à embarquer. Mais ils sont encore en pleine séance photos, et n'ont aucune idée de la situation, bien que je la leur ai expliquée. On arrive tout de même à décoller à 18h locales, soit juste au moment du coucher de soleil civil. Je monte au niveau 50. La nuit commence à tomber dans le cokpit, je mets en marche mes feux de nav, et illumine les instruments. Je garde les cartes d'approche à portée de main. A 25 Nm, le contrôleur m'autorise à descendre à 2600 ft et me demande d'aller direct sur le VOR de Mike Golf pour une approche VOR/DME Yankee 32. Je me brief mon approche. Le DME est inop dans l'avion, mais j'utiliserai celui du GPS, en espérant qu'il lâchera pas non plus. Arrivé verticale de MG, je vire à droite au cap du QFU inverse de la piste en service (143°) pour intercepter la radiale 119, indiquée sur la carte, jusqu'à 9 Nm. Les 5T's de la flight school reviennent instantanément, et le contrôleur me demande de rappeler une fois établi sur la R119. J'exécute. La tour n'a pas de radar, si je me perds il ne pourra m'aider d'aucune manière. Inutile de voir à l'extérieur, les lumières de la piste sont confondues avec celles de la ville. Elles ne se distinguent pas. A 9 Nm, virage à droite pour intercepter l'axe de la piste, je lève la tête, deux rangées de lumière rouges apparaissent devant moi. Je n'ai qu'à suivre le HSI et respecter la loi de la descente indiquée sur l'approach plate. Les 18 kts de la journée ont diminué, le vent est de 10 kts dans l'axe. A 18h48 j'atterris, et je viens de faire ma première approche IFR en monopilote en transport commercial.