D'octobre à mai, c'est l'été dans l'hémisphère Sud. La température monte jusqu'à 35°. Il fait très chaud, humide et l'atmosphère très instable. C'est la saison des pluies et il y a tous les jours un orage qui menace quelque part. Ensuite, une courte période de transition où l'humidité relative baisse, il reste nuageux mais les précipitations commencent à disparaître. C'est la période où on reprend le plaisir de voler, car il n'y a plus d'orages. Et puis, la température descend, il commence à faire frais, le ciel est dégagé et l'atmosphère très stable. Il y a peu de turbulences. Et un régime d'alizés commence, il souffle très fort dans tout le pays. On atteind des rafales jusqu'à 40 noeuds (74km/h). Voler dans ces conditions n'a rien de particulier, cela augmente les performances de l'avion, mais quand il est de travers, ça complique un peu les choses.

A l'école, quand le vent est supérieur à 15 kts, généralement on ne volait pas. On veut toujours de bonnes conditions, car on paie chaque minute. Au flight test, le décollage ou l'atterissage par vent de travers n'est pas toujours possible, et quand l'occasion se présente alors cela fera partie de la notation.

Le décollage ne pose pas de problème particulier, mais à l'atterrissage il faut une technique bien connue de tous les pilotes, "le décrabage". il y a une limite vent de travers définie par le constructeur sur chaque avion, mais cela peut être différente en fonction de l'expérience du pilote.

A Majunga, nous appelons ces vents le "Varatraza". La nuit les toits n'arretent pas de faire du bruit, et la journée la manche à air est tendue à 90°.

En brousse, il n'est pas toujours possible de voir la direction du vent et encore moins sa vitesse. Soit il n'y a pas de manche à air, soit elle est déchirée par le vent et est inutilisable. Tu cherches alors de la fumée pas loin de ta destination. En croisière, tu aperçois de temps en temps des feux de brousse et la fumée indique la direction et la vitesse du vent. Mais la fôret ne brûle pas tous les jours, alors il faut d'autres moyens pour matérialiser le vent. Les pistes situées à proximité de la mer, on sait que le vent souffle de la terre vers la mer jusqu'en milieu d'après-midi, et puis change de sens. Quand celles-ci sont parallèles à la côte, le vent sera vraisemlablement de travers, comme c'est le cas de Moramba. C'est une piste privée qui appartient à Aqualma. Elle est orientée parallèle à la plage et le vent y souffle 24/24.

On a une procédure qui veut que chaque pilote détienne une qualification pour chaque piste. Celle-là fait l'objet d'un entraînement particulier avec instructeur. On y fait des touch and go, et si cela n'est pas suffisant, on y revient le lendemain.

Moramba a des collines dans l'axe de la 19. La piste est réputée glissante. Utilisant la 19, il y a une digue sur tout le côté droit. Les vents sont très forts, et 99% du temps de travers. Elle est en terre battue. Il faut jouer avec son manche et son palonnier pour se poser. Si tu ne décrabes pas, tu feras des rebonds et l'avion ne s'arrêtera pas jusqu'en fin de piste, il faut remettre les gaz et tenter une nouvelle approche. Si tu n'appliques pas de dérive en finale, tu vas te poser dans la digue, et si tu n'es pas sur le plan de descente, tu vas t'accrocher à ces collines. Il faut un pilotage de précision. Des avions ont fait un cheval de bois avant de casser l'hélice, et d'autres ont du dérouter après plusieurs remises de gaz. En période de pluie, il faut laisser deux heures pour qu'elle sèche, sinon c'est un patinoire !

 

 

 

A l'école, on nous apprend plusieurs méthodes pour atterrir par vent de travers. Une consiste à "glisser" depuis la finale jusqu'au toucher, le manche braqué dans le vent et le palonnier dans le sens contraire. De ce fait, tu gardes le nez de l'avion parallèle à l'axe de la piste. Tu arrondis dans la même postion et gardes le manche toujours dans le vent au roulage. L'autre méthode est d'avancer en crabe, le nez orienté dans le vent et juste avant l'arrondi ou bien en très courte finale, tu décrabes, c'est-à-dire que tu ramènes le nez aligné à la piste avec le palonnier et braques en même temps le manche dans le vent. Cette technique est la plus utilisée, car cela nécessite moins d'effort en finale.